Pénurie de foin : comment nourrir ses chevaux cet hiver sans mettre leur santé en danger
Par Sébastien Pesquerel · SOS oPaddock · Mise à jour octobre 2026
Repères techniques issus des fiches équipédia de l'IFCE
L'été 2026 a grillé les prairies sur une grande partie de la France, de l'Allemagne du Sud, de la Suisse, de l'Italie du Nord et du nord de l'Espagne. La pousse cumulée de l'herbe était inférieure de 30 % à la normale fin juillet, les stocks de report de 2025 étaient quasi nuls, et le foin se négocie aujourd'hui entre 160 et 260 € la tonne rendue, quand on en trouve. Des écuries en Moselle, en Alsace, dans le Limousin, en Auvergne ou en Normandie nous écrivent chaque jour : « Mon fournisseur ne me livre plus, que faire ? »
Il n'y a pas de recette miracle. Mais il y a une méthode, bien balisée par l'IFCE et les nutritionnistes équins, pour tenir l'hiver sans coliques, sans fourbure et sans amaigrissement. La voici, dans l'ordre où il faut la suivre.
Les trois règles qui ne se discutent pas
- Jamais moins de 1 % du poids vif en fibres longues par jour, soit 5 kg pour un cheval de 500 kg. En dessous, le risque d'ulcères, de coliques et de troubles du comportement explose.
- Les fourrages restent au moins 60 % de la ration, les concentrés au plus 40 %. On ne « remplace » pas le foin par des granulés.
- Toute transition se fait sur 7 à 10 jours, en augmentant le nouvel aliment par paliers. Un changement brutal de fourrage est la première cause de colique en hiver.
1 Commencez par savoir où vous en êtes
Avant d'acheter quoi que ce soit, faites le calcul que font les éleveurs de bovins chaque automne. Il prend cinq minutes.
- Un cheval adulte au repos ou en travail léger consomme 1,5 à 2 % de son poids vif en matière sèche de fourrage par jour, soit 8 à 10 kg de foin pour 500 kg.
- Sur un hiver complet (180 jours, de novembre à fin avril), c'est 1,5 à 1,8 tonne par cheval. Un cheval au box toute l'année consomme jusqu'à 5 tonnes par an.
- Pesez réellement vos tranches : selon la presse et le tassement, une tranche fait 1,5 à 4 kg. Les écuries qui pèsent économisent 10 à 15 % sans que les chevaux ne s'en aperçoivent.
Votre autonomie, en une opération
Stock disponible (t) ÷ (nombre de chevaux × kg/jour × 30) = mois d'autonomie
Exemple : 6 tonnes pour 5 chevaux à 9 kg/jour → 4,4 mois. Si le résultat est inférieur à la durée de l'hiver, le reste de cet article vous concerne.
2 Réduisez le gaspillage avant de réduire la ration
C'est la seule mesure gratuite et sans aucun risque pour le cheval. Dans beaucoup d'écuries, 20 à 30 % du foin finit piétiné dans la litière ou sous la pluie.
- Filets à petites mailles (slow feeder) : consommation ralentie, moins de gaspillage, moins d'ennui. Gain observé : 25 à 40 %.
- Râteliers couverts au pré plutôt que la balle ronde posée à même le sol : une balle de 300 kg laissée dehors sans protection perd un tiers de sa valeur en deux semaines de pluie.
- Distribuer en plusieurs repas (3 à 4 par jour) plutôt qu'en une fois : le cheval trie moins et piétine moins.
- Vérifiez les dents des seniors : un cheval qui fait des boulettes gaspille et maigrit.
3 Les aliments qui peuvent remplacer une partie du foin
Aucun de ces aliments ne remplace la totalité du foin. L'objectif est de combiner pour maintenir l'apport en fibres tout en étirant le stock. Les quantités ci-dessous sont des ordres de grandeur pour un cheval adulte de 500 kg ; adaptez-les au gabarit et au travail, et demandez conseil à votre vétérinaire pour les poulinières, les poulains et les chevaux à risque (fourbure, syndrome métabolique, ulcères).
| Aliment | Part du foin remplaçable | Quantité indicative / jour | Précautions |
|---|---|---|---|
| Paille de céréales (blé, orge, avoine) de qualité propre | jusqu'à 30 à 50 % du fourrage | 2 à 4 kg | Pauvre en énergie et en protéines : à compléter. Risque de bouchon œsophagien et de colique de stase si l'eau manque ou si la paille est poussiéreuse. Jamais pour un cheval aux dents usées. |
| Enrubannage (foin enrubanné, > 55 % de matière sèche) | jusqu'à 100 % avec transition | 10 à 14 kg (plus humide que le foin) | Balle intacte, sans trou ni odeur. Consommer en 3 à 4 jours après ouverture. Refuser toute balle trop humide (< 50 % MS) : risque de botulisme, mortel. |
| Luzerne déshydratée (brins ou bouchons) | jusqu'à 30 à 40 % | 1 à 3 kg | Riche en protéines et en calcium : réduire le concentré d'autant. Tremper les bouchons. Excellent pour les chevaux maigres et les poulinières. |
| Pulpe de betterave déshydratée | complément (pas un substitut de fibres longues) | 0,5 à 1,5 kg sec, soit 2 à 6 kg trempé | Tremper obligatoirement : 12 h pour les pellets, 1 h pour les cossettes, 1 volume pour 3 à 4 volumes d'eau. Jamais sec. Énergie douce, sans amidon. |
| Foin compressé / bouchons de fourrage du commerce | jusqu'à 50 % | selon étiquette | Pratique mais cher (300 à 450 €/t). Garder des fibres longues à côté pour la mastication. |
| Son de blé | complément seulement | 0,3 à 0,8 kg | Très riche en phosphore : déséquilibre Ca/P au-delà. Effet laxatif utile en petite quantité. |
| Drêches de brasserie humides | complément seulement | 1 à 2 kg | Se conservent 2 à 3 jours. Protéines intéressantes. À vérifier avec le brasseur (pas de houblon résiduel). |
| Ensilage de maïs | déconseillé chez le cheval | — | Acidité, risque de botulisme élevé, amidon. À réserver aux cas extrêmes, sous suivi vétérinaire, jamais plus de 2 à 3 kg. |
La ration « hiver de pénurie » la plus courante
Cheval de loisir de 500 kg, travail léger
Réparti en 3 à 4 repas, eau à volonté, pierre à sel. Cette ration divise la consommation de foin par deux en gardant plus de 9 kg de fibres. Elle se met en place sur 10 jours, en remplaçant 1 kg de foin tous les deux jours.
4 Ce qu'il faut absolument éviter
- Compenser avec des céréales ou des granulés. L'amidon ne remplace pas la fibre. Au-delà de 0,5 kg d'orge ou d'avoine par repas pour 100 kg de poids vif, vous fabriquez des coliques et des fourbures.
- Acheter du foin « pas cher » sans le voir. Moisissures, poussière, balles chauffées, plantes toxiques (séneçon, fougère, datura dans les foins de prairies abandonnées). Une botte ouverte doit sentir bon, être verte-jaune, sans zones blanches ou grises. En cas de doute, une analyse de fourrage coûte 60 à 90 € et vous dit exactement ce que vous donnez.
- Verser un acompte à un inconnu. Les arnaques au foin se multiplient depuis septembre : annonce avec photos volées, acompte demandé par virement, vendeur injoignable ensuite. Ne payez jamais sans avoir vu le foin, ou sans passer par un vendeur identifié.
- Mettre les chevaux au pré « pour qu'ils se débrouillent » sur une prairie grillée : il n'y a rien à manger, ils mangeront les haies, l'écorce et les plantes toxiques.
- Rationner sans peser. La perte d'état se voit trop tard, surtout sous le poil d'hiver. Passez la main sur les côtes chaque semaine.
5 Trouver du foin : où chercher en 2026
La pénurie n'est pas uniforme. Les régions herbagères de l'Ouest (Bretagne, Pays de la Loire, Manche) et les plaines céréalières (Beauce, Champagne, Picardie) ont des stocks de foin, de paille et de luzerne. Le problème est la mise en relation et le transport : un camion de 22 tonnes coûte 70 à 90 € par tonne pour 800 km. C'est pour cela que l'achat groupé entre plusieurs écuries d'un même secteur est la solution la plus efficace.
- La rubrique Foin de SOS oPaddock : vous publiez votre recherche (nombre de chevaux, tonnage, code postal) et vous êtes alerté dès qu'une offre apparaît près de chez vous. Les agriculteurs y publient gratuitement leurs stocks. Sans commission.
- Les bourses aux fourrages des FDSEA et des chambres d'agriculture (Saône-et-Loire, Somme, Creuse, Massif central), conçues pour les bovins mais ouvertes aux équins.
- Les coopératives de luzerne déshydratée (Champagne, Aube, Marne) et les coopératives agricoles de l'Ouest.
- Vos voisins agriculteurs : beaucoup ont une deuxième coupe ou de la paille qu'ils ne pensent pas à proposer aux cavaliers.
Vous avez du foin, de la paille ou de la luzerne en trop ?
Référencez votre stock en deux minutes. Vous fixez votre prix, vous êtes contacté directement par les écuries proches, il n'y a aucune commission. Des centaines de chevaux dépendent de ces mises en relation cet hiver.
6 Et après ? Préparer 2027
Les hivers de pénurie vont revenir. Les écuries qui ont le moins souffert cette année sont celles qui avaient contractualisé leur foin au printemps avec un agriculteur, stocké 20 % de plus que le besoin théorique, et gardé un hangar sec. Trois gestes simples à noter dans l'agenda pour mars prochain. Et une habitude à prendre dès maintenant : le bilan fourrager, chaque 1er octobre.